Le mouvement artistique et social « Nou Pran Lari a » a marqué de fort belle manière son premier anniversaire ce dimanche 17 juin en organisant une exposition d’art contemporain et un concert de musique à la place Sainte-Anne, à Port-au-Prince. Un évènement artistique et festif qui a réuni la foule.
Qui a dit que les activités culturelles seraient en mode pause dans le pays pendant la période de la Coupe du monde ? Pourtant, la foire artistique Nou pran lari a, a été l’un des rendez-vous qui comptent dans la région métropolitaine, le week-end dernier. Le visuel de l’évènement, programmé auparavant pour le 5 mai, puis renvoyé –à cause des mauvaises conditions météorologiques- au 17 juin, a annoncé les couleurs dans la forme comme dans le fond : peinture, sculpture, graffiti, danses, musiques…
Sous l’implacable soleil de midi, les premiers visiteurs de la journée ont été accueillis dans un décor enchanteur : des oeuvres d’art exposées aux quatre coins de la place Sainte-Anne. Le feuillage des arbres, agité par moment par le vent, a généreusement offert son ombre. Et lorsqu’on déambule dans cette galerie à ciel ouvert, chaque pièce étonne et séduit par son originalité. Tout est pourtant fabriqué à partir de presque rien pour devenir des pièces de valeur dont le prix est indiqué sur une notice pour qui veut s’en emparer.
De ces artistes dont le potentiel de créativité défie la précarité, Benjamin Max Grégoire ne saurait passer inaperçu avec ses tableaux qui présentent des figurines faites d’épingles à tête argentée. On a aussi découvert les sculptures métalliques de Willem Tégénus, les peintures surréalistes de Jean-Robert Alexis, les tableaux en capsules, cuir et canette de Clifford Jérôme, les vèvè en paillettes de Marie Kettie Paul, les objets récupérés de Katelyne Alexis. Ensemble, et avec d’autres encore, ils forment le mouvement artistique et social dont la dénomination « Nou pran lari a » est autant révolutionnaire que la mission : « Mettre en lumière les talents et savoir faire des quartiers défavorisés et promouvoir leur talent ».
Il s’agit aussi de briser les barrières sociales et culturelles pour faciliter la rencontre entre le public et les artistes d’une part, et les couches sociales d’autre part. C’est cet esprit de convivialité et d’interactivité qui a régné tout le long de la journée comme pour faire oublier les agitations quotidiennes. On cause, on sourit, on chante, on danse, tout ça. « C’est une des rares occasions qui a permis à tout ce beau monde de se retrouver autour de l’art et de la culture, voir que nos places publiques peuvent servir à autre chose que des lieux de débauches. Définitivement, il y a nécessité d’offrir des loisirs de qualités à la population ! » lâche une visiteuse partagée entre amertume et réjouissance.
Il aura fallu attendre la fin du match opposant le Brésil et la Suisse pour recevoir une plus grande affluence de visiteurs à partir de 16 h. À ce moment, la fête battait son plein. Des artistes se lancent dans des performances exceptionnelles pour le plus grand bonheur du public se tenant debout et applaudissant à tout rompre. Le slameur de Talentisime s’est laissé aller à un lyrisme plaintif : « Le coeur de mon ghetto bat très fort. J’ai bien peur qu’il soit mort. Car il n’y a pas de médecin à son chevet. » Puis les danseurs de Life Dance et Let’s Dance en sont venus, tour à tour, à donner le tempo en exécutant avec agilité des mouvements d’acrobatie et de lockin sur fond de musique hip-hop. Un spectacle inédit qui rappelle les battles de Street dance. Sébastien Jean a offert une étrange prestation mêlant poésie, peinture et danse. Léo Jean-Baptiste a servi du Trap. Zanzan a créé l’animation par une suite d’interprétation de musiques racine et compas. Mais le clou de la soirée a été la performance de l’Orchestre Decatonic qui revisite à merveille des grands classiques, dont « Stand by my », et quelques morceaux de compas, dont « Adrienne » et « Abitid la », le tout en version instrumentale !
On profitait tellement à fond de ce moment qu’on n’a pas vu le soleil sombrant à l’horizon. Les belles choses ne durent jamais éternellement. Et, pour certains spectateurs animés d’un besoin d’aventure et d’une soif de loisir, cette manifestation culturelle a laissé comme un goût d’inachevé. « Pourquoi ne pas étendre la programmation sur plusieurs jours ? », regrette un participant. « Le rendez-vous se tient tous les mois dans les ateliers des artistes pour découvrir leurs oeuvres », assure Allenby Augustin, qui a fait office de MC, pour rappeler que ce premier anniversaire de Nou pran lari a n’est pas la fin, mais le tout début d’un long voyage dont la réussite tient au talent, au travail acharné des artistes ainsi que du support technique et financier de la FOKAL et d’Akoustik Prod.
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